— J'ai exécuté les ordres de monsieur le duc; mais M. Dagobert accompagnait son fils jusqu'à la porte de la cour, et…

— C'est bon, dit le maréchal Simon en faisant de la main un geste impérieux et brusque.

Le domestique sortit, et son maître continua de marcher à grands pas, en froissant avec rage une lettre qu'il tenait dans sa main gauche. Cette lettre lui avait été innocemment remise par Rabat- Joie qui, le voyant rentrer, était accouru lui faire fête.

Enfin la porte s'ouvrit, Dagobert parut.

— Voilà bien longtemps que je vous ai fait demander, monsieur, s'écria le maréchal d'un ton irrité.

Dagobert, plus peiné que surpris de ce nouvel accès d'emportement, qu'il attribuait avec raison à l'état de surexcitation presque continuelle où se trouvait le maréchal, répondit doucement:

— Mon général, excusez-moi, mais je reconduisais mon fils… et…

— Lisez cela, monsieur, dit brusquement le maréchal en l'interrompant et lui tendant la lettre.

Puis, pendant que Dagobert lisait, le maréchal reprit avec une colère croissante, en renversant du pied une chaise qui se trouvait sur son passage:

— Ainsi, jusque chez moi, jusque dans ma maison, il est des misérables sans doute gagnés par ceux qui me harcèlent avec un incroyable acharnement… Eh bien! avez-vous lu, monsieur?