— C'est une nouvelle infamie… à ajouter aux autres, dit froidement Dagobert. Et il jeta la lettre dans la cheminée.

— Cette lettre est infâme… mais elle dit vrai, reprit le maréchal.

Dagobert le regarda sans le comprendre. Le maréchal continua:

— Et cette lettre infâme, savez-vous qui l'a remise entre mes mains? Car on dirait que le démon s'en mêle: c'est votre chien!

— Rabat-Joie?… dit Dagobert au comble de la surprise.

— Oui, reprit amèrement le maréchal; c'est sans doute une plaisanterie de votre invention?…

— Je n'ai guère le coeur à la plaisanterie, mon général, reprit Dagobert, de plus en plus attristé de l'état d'irritation où il voyait le maréchal; je ne m'explique pas comment cela est arrivé… Rabat-Joie rapporte très bien, il aura sans doute trouvé la lettre dans la maison, et alors…

— Et cette lettre, qui l'avait laissée ici? Je suis donc entouré de traîtres? vous ne surveillez donc rien, vous en qui j'ai toute confiance!

— Mon général… écoutez-moi… Mais le maréchal reprit sans vouloir l'entendre:

— Comment, mordieu! j'ai fait vingt-cinq ans de guerre, j'ai tenu tête à des armées, j'ai victorieusement lutté contre les plus mauvais temps de l'exil et de la proscription, j'ai résisté à des coups de massue… et je serais tué à coups d'épingle! Comment! poursuivi jusque chez moi, je serai impunément harcelé, obsédé, torturé à chaque instant, par suite de je ne sais quelle misérable haine! Quand je dis je ne sais… je me trompe… d'Aigrigny, le renégat, est au fond de tout cela, j'en suis sûr, je n'ai au monde qu'un ennemi… et c'est cet homme; il faut que j'en finisse avec lui, je suis las… c'est trop.