— Mais, mon général, songez donc que c'est un prêtre, et…
— Et que m'importe qu'il soit prêtre? Je l'ai vu manier l'épée; je saurai bien faire monter à la face de ce renégat son sang de soldat!…
— Mais, mon général…
— Je vous dis, moi, qu'il faut que je m'en prenne à quelqu'un, s'écria le maréchal en proie à une violente exaspération; je vous dis qu'il faut que je mette un nom et une figure à ces lâchetés ténébreuses, pour pouvoir en finir avec elles!… Elles m'enserrent de toutes parts, elles font de ma vie un enfer… vous le savez bien… et l'on ne tente rien pour épargner ces colères qui me tuent à petit feu. Je ne puis compter sur personne!…
— Mon général, je ne peux pas laisser passer cela, dit Dagobert d'une voix calme, mais ferme et pénétrée.
— Que signifie?…
— Mon général, je ne peux pas vous laisser dire que vous ne comptez sur personne; vous finiriez par le croire, et ça serait encore plus dur pour vous que pour ceux qui savent à quoi s'en tenir sur leur dévouement et qui se jetteraient dans le feu pour vous, et… je suis de ceux-là… moi… vous le savez bien.
Ces simples paroles, dites par Dagobert avec un accent profondément ému, rappelèrent le maréchal à lui-même; car ce caractère loyal et généreux pouvait bien de temps à autre s'aigrir par l'irritation et le chagrin, mais il reprenait bientôt sa droiture première; aussi, s'adressant à Dagobert, il reprit d'un ton moins brusque, mais qui décelait toujours une vive agitation:
— Tu as raison, je ne dois pas douter de toi; l'irritation m'emporte; cette lettre infâme m'a mis hors de moi… c'est à devenir fou. Je suis injuste, bourru… ingrat… oui, ingrat… et envers qui!… envers toi… encore…
— Ne parlons plus de moi, mon général; avec des mots pareils au bout de l'an, vous pourriez me brutaliser toute l'année… Mais que vous est-il arrivé?…