— Chercher vos filles, mon général.
— Pourquoi faire?
— Pour les mettre en face de vous, pour leur dire: «Mes enfants, votre père croit que vous ne l'aimez pas…» Je ne leur dirai que cela, et vous verrez…
— Dagobert! je vous le défends, s'écria vivement le père de Rose et de Blanche.
— Il n'y a pas de Dagobert qui tienne… Vous n'avez pas le droit d'être injuste envers ces pauvres petites. Et le soldat fit de nouveau un pas vers la porte.
— Dagobert, je vous ordonne de rester ici, s'écria le maréchal.
— Écoutez, mon général: je suis votre soldat, votre inférieur, votre serviteur, si vous voulez, dit rudement l'ex-grenadier à cheval, mais, il n'y a ni rang, ni grade qui tienne quand il s'agit de défendre vos filles… Tout va s'expliquer… mettre les braves gens en face, je ne connais que ça.
Et si le maréchal ne l'eût arrêté par le bras, Dagobert entrait dans l'appartement des orphelines.
— Restez, dit si impérieusement le maréchal, que le soldat, habitué à l'obéissance, baissa la tête et ne bougea pas. Qu'allez- vous faire? reprit le maréchal: dire à mes filles que je crois qu'elles ne m'aiment pas? provoquer ainsi des affectations de tendresse que ces pauvres enfants ne ressentent pas… ce n'est pas leur faute… c'est la mienne sans doute.
— Ah! mon général, dit Dagobert avec un accent navré, ce n'est pas de la colère que j'éprouve… en vous entendant parler ainsi de vos enfants… c'est de la douleur… Vous me brisez le coeur…