XLV. Le calvaire.
Telle était la vision d'Hérodiade:
Au sommet d'une haute montagne, nue, rocailleuse, escarpée, s'élève un calvaire.
Le soleil décline ainsi qu'il déclinait lorsque la juive s'est traînée, épuisée de fatigue, au milieu des ruines de Saint-Jean le Décapité.
Le grand Christ en croix qui domine le calvaire, la montagne et la plaine aride, solitaire, infinie; le grand Christ en croix se détache blanc et pâle sur les nuages d'un noir bleu qui couvrent partout le ciel et deviennent d'un violet sombre en se dégradant à l'horizon…
À l'horizon… où le soleil couchant a laissé de longues traînées d'une lueur sinistre… d'un rouge de sang. Aussi loin que la vue peut s'étendre, aucune végétation n'apparaît sur ce morne désert, couvert de sable et de cailloux comme le lit séculaire de quelque océan desséché.
Un silence de mort plane sur cette contrée désolée. Quelquefois de gigantesques vautours noirs, au cou rouge et pelé, à l'oeil jaune et lumineux, abattent leur grand vol au milieu de ces solitudes, viennent faire la sanglante curée de la proie qu'ils ont enlevée dans un pays moins sauvage.
Comment ce calvaire, ce lieu de prière, a-t-il été élevé si loin, si loin de la demeure des hommes?
Ce calvaire a été élevé à grand frais par un pécheur repentant; il avait fait beaucoup de mal aux autres hommes… et, pour mériter le pardon de ses crimes, il a gravi cette montagne à genoux et, devenu cénobite, il a vécu jusqu'à sa mort au pied de cette croix, à peine abrité sous un toit de chaume depuis longtemps balayé par les vents.
Le soleil décline toujours…