Et c'est elle, Hérodiade, qui, dans la cruelle ivresse d'une fête païenne, a demandé le supplice de ce saint!…

Et c'est au pied de l'image du martyr que, pour la première fois… depuis tant de siècles… l'immortalité qui pesait sur Hérodiade semble s'adoucir!…

«Ô mystère impénétrable! ô divine espérance! s'écrie-t-elle, le courroux céleste s'apaise enfin… La main du Seigneur me ramène aux pieds de ce saint martyr… c'est à ses pieds que je commence à être une créature humaine… Et c'est pour venger sa mort que le Seigneur m'avait condamnée à une marche éternelle…

«Ô mon Dieu! faites que je ne sois pas la seule pardonnée… Celui-là, l'artisan qui, comme moi, la fille du roi… marche aussi depuis des siècles… celui-là… comme moi, peut-il espérer d'atteindre le terme de sa course éternelle?

«Où est-il, Seigneur… où est-il?… Cette puissance que vous m'aviez donnée de le voir, de l'entendre à travers les espaces, me l'avez-vous retirée? Oh! dans ce moment suprême, ce don divin, rendez-le-moi… Seigneur… car, à mesure que je ressens ces infirmités humaines, que je bénis comme la fin de mon éternité de maux, ma vue perd le pouvoir de traverser l'immensité, mon oreille le pouvoir d'entendre l'homme errant d'un bout du monde à l'autre…»

La nuit était venue… obscure… orageuse…

Le vent s'était élevé au milieu des grands sapins.

Derrière leur cime noire, commençait à monter lentement à travers de sombres nuées, le disque argenté de la lune…

L'invocation de la juive errante fut peut-être entendue…

Tout à coup ses yeux se fermèrent, ses mains se joignirent, et elle resta agenouillée au milieu des ruines… immobile comme une statue des tombeaux… Et elle eut alors une vision étrange!!!