— Je vous dis que vous êtes un saint Chrysostome, mon père, répéta la princesse avec feu; car, comme lui vous méritez le surnom de saint Jean Bouche d'or.
— Allons donc, madame! dit Rodin avec brutalité en haussant les épaules, moi une bouche d'or!… j'ai les lèvres trop livides et les dents trop noires… Vous plaisantez, avec votre bouche d'or.
— Mais, mon père…
— Mais, madame, on ne me prend pas à cette glu-là, moi, reprit durement Rodin; je hais les compliments, je n'en fais point.
— Que votre modestie me pardonne, mon père, dit humblement la dévote, je n'ai pu résister au bonheur de vous témoigner mon admiration; car, ainsi que vous l'aviez presque prédit… ou prévu il y a peu de mois, voici déjà deux membres de la famille Rennepont désintéressés dans la question de l'héritage…
Rodin regarda Mme de Saint-Dizier d'un air radouci et approbatif en l'entendant formuler ainsi la position des deux défunts héritiers. Car, selon Rodin, M. Hardy, par sa donation et son ascétisme homicide, n'appartenait plus au monde.
La dévote continua:
— L'un de ces hommes, misérable artisan, a été conduit à sa perte par l'exaltation de ses vices… vous avez conduit l'autre dans la voie du salut en exaltant ses qualités aimantes et tendres. Soyez donc glorifié dans vos prévisions, mon père, car, vous l'avez dit: «C'est aux passions que je m'adresserai pour arriver à mon but.»
— Ne glorifiez pas si vite, je vous prie, dit impatiemment Rodin. Et votre nièce? et les deux filles du maréchal Simon? Ces personnes-là ont-elles fait aussi une fin chrétienne, ou sont- elles désintéressées de la question de l'héritage, pour nous glorifier sitôt?
— Non, sans doute.