— Dagobert, quelles nouvelles de notre père? dit vivement Rose au soldat en le voyant rentrer un quart d'heure après être sorti en accompagnant Rodin.

— Eh bien… ce vieux sorcier sait, en effet, que le maréchal est parti et qu'il est parti joyeux; il connaît, m'a-t-il dit, M. Robert. Comment est-il instruit de tout cela?… je l'ignore, ajouta le soldat d'un air pensif; mais c'est une raison de plus pour me défier de lui.

— Et les nouvelles de notre père, quelles sont-elles? demanda
Rose.

— Un des amis de ce vieux misérable (je ne m'en dédis pas!) connaît, m'a-t-il dit, votre père, et l'a rencontré à vingt-cinq lieues d'ici; sachant que cet homme revenait à Paris, le maréchal l'aurait chargé de vous dire ou de vous faire dire qu'il était en parfaite santé, et qu'il espérait bientôt vous revoir…

— Ah! quel bonheur! s'écria Rose.

— Tu vois bien, tu avais tort de le soupçonner… ce pauvre vieillard, ajouta Blanche, tu l'as traité si durement!…

— C'est possible… mais je ne m'en repens pas…

— Pourquoi cela?

— J'ai mes raisons… et une des meilleures, c'est que lorsque je l'ai vu entrer, tourner, virer autour de vous, je me suis senti froid jusque dans la moelle des os, sans savoir pourquoi… j'aurais vu un serpent s'avancer vers vous en rampant, que je n'aurais pas été plus effrayé… Je sais bien que, devant moi, il ne pouvait pas vous faire de mal; mais, que voulez-vous que je vous dise, mes enfants!… malgré les services qu'après tout il nous a rendus, je me tenais à quatre pour ne pas le jeter par la fenêtre… Or, cette manière de lui prouver ma reconnaissance n'est pas naturelle… Il faut donc se défier des gens qui vous inspirent ces idées-là.

— Bon Dagobert, c'est ton affection pour nous qui te rend si soupçonneux, dit Rose d'un ton caressant; cela prouve combien tu nous aimes.