— Mais, monsieur, c'est au contraire moi qui serais votre obligée, si vous vouliez accepter ce que je désirerais tant vous offrir.
— Oh! ma chère demoiselle, dit Rodin en souriant, je sais que votre générosité saura toujours rendre la reconnaissance légère et douce; mais, encore une fois, je ne puis rien accepter de vous… Un jour peut-être… vous saurez pourquoi.
— Un jour?
— Il m'est impossible de vous en dire davantage. Et puis, supposez que je vous aie quelque obligation, comment vous dire alors tout ce qu'il y a en vous de bon et de beau? Plus tard, si vous me devez beaucoup pour mes conseils, tant mieux, je n'en serai que plus à l'aise pour vous blâmer si je vous trouve à blâmer.
— Mais alors, monsieur, la reconnaissance envers vous m'est donc interdite?
— Non… non, dit Rodin avec une apparente émotion. Oh! croyez- moi, il viendra un moment solennel où vous pourrez vous acquitter d'une manière digne de vous et de moi.
Cet entretien fut interrompu par la gardienne, qui en entrant dit à Adrienne:
— Mademoiselle, il y a en bas une petite ouvrière bossue qui demande à vous parler; comme, d'après les nouveaux ordres de M. le docteur, vous êtes libre de recevoir qui vous voulez… je viens vous demander s'il faut la laisser monter… Elle est si mal mise que je n'ai pas osé.
— Qu'elle monte! dit vivement Adrienne, qui reconnut la Mayeux au signalement donné par la gardienne; qu'elle monte!…
— M. le docteur a aussi donné l'ordre de mettre sa voiture à la disposition de mademoiselle; faut-il faire atteler?