— Donnez-vous la peine de vous asseoir, madame. La princesse devint très rouge, resta debout, et jeta un regard de dédaigneuse et insolente surprise sur la Mayeux, qui, fidèle à la recommandation d'Adrienne, s'était légèrement inclinée à l'entrée de Mme de Saint-Dizier sans lui offrir sa place. La jeune ouvrière avait agi de la sorte et par réflexion de dignité, et en écoutant aussi la voix de sa conscience qui lui disait que la véritable supériorité de position n'appartenait pas à cette princesse lâche, hypocrite et méchante, mais à elle, la Mayeux, si admirablement bonne et dévouée.

— Ayez donc la bonté de vous asseoir, madame, reprit Adrienne de sa voix douce en désignant à sa tante le siège vacant.

— L'entretien que je vous ai demandé, mademoiselle, dit la princesse, doit être secret.

— Je n'ai pas de secret, madame, pour ma meilleure amie; vous pouvez donc parler devant mademoiselle.

— Je sais depuis longtemps, reprit Mme de Saint-Dizier avec une ironie amère, qu'en toutes choses vous vous souciez fort peu du secret et que vous êtes facile sur le choix de ce que vous appelez vos amis… mais vous me permettrez d'agir autrement que vous. Si vous n'avez pas de secrets, mademoiselle, j'en ai… moi… et je n'entends pas en faire confidence à la première venue…

Et la dévote jeta un nouveau coup d'oeil de mépris sur la Mayeux. Celle-ci, blessée du ton insolent de la princesse, répondit doucement et simplement.

— Je ne vois pas jusqu'ici, madame, la différence si humiliante qui peut exister entre la première… et la dernière venue chez Mlle de Cardoville.

— Comment!… _ça _parle! s'écria la princesse d'un ton de pitié superbe et insolente.

— Du moins, madame… _ça _répond, reprit la Mayeux de sa voix calme.

— Je veux vous entretenir seule; est-ce clair, mademoiselle? dit impatiemment la dévote à sa nièce.