— Pardon… je ne vous comprends pas, madame, fit Adrienne d'un air étonné; mademoiselle, qui m'honore de son amitié, veut bien consentir à assister à l'entretien que vous m'avez demandé. Je dis qu'elle le veut bien… parce qu'il lui faut, en effet, une très affectueuse condescendance pour se résigner à entendre… pour l'amour de moi… toutes les choses gracieuses, bienveillantes… charmantes… dont vous venez sans doute me faire part…

— Mais, mademoiselle… dit vivement la princesse.

— Permettez-moi de vous interrompre, madame, reprit Adrienne avec l'accent d'une aménité parfaite, et comme si elle eût adressé à la dévote des compliments les plus flatteurs. Afin de vous mettre tout de suite en confiance avec mademoiselle, je m'empresse de vous apprendre qu'elle est instruite de toutes les pieuses noirceurs… de toutes les dévotes dignités… dont vous avez voulu, et failli me rendre victime… elle sait enfin que vous êtes une mère de l'Église… comme on en voit peu… Puis-je espérer maintenant, madame, voir cesser votre délicate et intéressante réserve?

— En vérité, dit la princesse avec une sorte d'ébahissement courroucé, je ne sais si je veille ou si je rêve…

— Ah! mon Dieu! dit Adrienne d'un air alarmé, ce doute que vous manifestez sur l'état de vos facultés est inquiétant, madame. Le sang vous monte sans doute à la tête… car votre visage est très coloré… vous semblez oppressée… comprimée… déprimée… peut- être (l'on peut se dire cela entre femmes)… peut-être êtes-vous un peu serrée… madame?

Ces mots, dits par Adrienne avec un adorable semblant d'intérêt et de naïveté, manquèrent de faire suffoquer la princesse qui, malgré elle, devint cramoisie et s'écria en s'asseyant brusquement:

— Eh bien, soit, mademoiselle… Je préfère cet accueil à tout autre, il me met à l'aise… en confiance, comme vous dites…

— N'est-ce pas madame? dit Adrienne en souriant; au moins l'on peut franchement dire tout ce que l'on a sur le coeur… ce qui doit avoir pour vous le charme de la nouveauté… Voyons, entre nous, avouez que vous nous savez gré de vous mettre ainsi à même de déposer un instant ce fâcheux masque de dévotion, de douceur et de bonté qui doit tant vous peser…

En entendant les sarcasmes d'Adrienne, innocente vengeance, bien excusable si l'on songe à tout le mal que la princesse avait voulu faire à sa nièce, la Mayeux sentait son coeur se serrer, car plus qu'Adrienne, et avec raison, elle redoutait la princesse, qui reprit avec plus de sang-froid:

— Mille grâces, mademoiselle, de vos excellentes intentions et de vos sentiments pour moi; je les apprécie tels qu'ils sont, et comme je dois, j'espère, sans plus attendre, vous le prouver.