Et le père Caboccini allait joindre l'action à la parole, et s'agenouiller devant Rodin, si celui-ci n'eût prévenu ce mouvement d'adulation, en retenant le Romain par le bras, et lui disant avec impatience:
— Voici qui devient de l'idolâtrie, mon père; passons, passons sur mes qualités, et arrivons au but de votre voyage: quel est-il?
— Ce but, mon cher père, me remplit de joie, de bonheur, de tendresse; j'ai tâché de vous témoigner cette tendresse par mes caresses et mes embrassades, car mon coeur déborde; c'est tout ce que j'ai pu faire que de le retenir pendant toute la route, car il s'élançait toujours ici vers vous, mon cher père; ce but, il me transporte, il me ravit; ce but… il…
— Mais ce but qui vous ravit, s'écria Rodin exaspéré par ces exagérations méridionales, interrompant le Romain, ce but, quel est-il?
— Ce rescrit de notre révérendissime et excellentissime général vous en instruira, mon très cher père…
Et le père Caboccini tira de son portefeuille un pli cacheté de trois sceaux, qu'il baisa respectueusement avant de le remettre à Rodin, qui le prit et, après l'avoir baisé de même, le décacheta avec une vive anxiété.
Pendant qu'il lut, les traits du jésuite demeurèrent impassibles; le seul battement précipité des artères de ses tempes annonçait son agitation intérieure.
Néanmoins, mettant froidement la lettre dans sa poche, Rodin regarda le Romain et lui dit:
— Il en sera fait ainsi que l'ordonne notre excellentissime général.
— Ainsi, mon père, s'écria le père Caboccini avec une recrudescence d'effusion et d'admiration de toute sorte, c'est moi qui vais être l'ombre de votre lumière, votre second vous-même; j'aurai le bonheur de ne vous quitter ni le jour ni la nuit, d'être votre socius, en un mot, puisque, après vous avoir accordé la faculté de n'en point avoir pendant quelque temps, selon votre désir, et dans le meilleur intérêt des affaires de notre sainte compagnie, notre excellentissime général juge à propos de m'envoyer de Rome auprès de vous pour remplir cette fonction; faveur inespérée, immense, qui me remplit de reconnaissance pour notre général et de tendresse pour vous, mon cher et digne père.