— Comment! ma belle amie, vous si bonne, vous qui travaillez si fort à votre salut… vous hésitez devant quelques démarches… désagréables… surtout lorsqu'il s'agit d'une action exemplaire, lorsqu'il s'agit d'arracher une jeune fille à Satan et à ses pompes?…

Ici le perroquet Barnabé fit entendre deux effroyables jurons, admirablement bien articulés.

Dans son premier mouvement d'indignation, la Sainte-Colombe s'écria en se retournant vers Barnabé d'un air courroucé et révolté:

— Ce… (un mot aussi gros que celui prononcé par Barnabé) ne se corrigera jamais… Veux-tu te taire?… (Ici une kyrielle d'autres mots du vocabulaire de Barnabé.) C'est comme un fait- exprès… Hier encore il a fait rougir l'abbé Corbinet jusqu'aux oreilles… Te tairas-tu?

— Si vous reprenez toujours Barnabé de ses écarts avec cette sévérité-là, dit Nini-Moulin conservant un imperturbable sérieux, vous finirez par le corriger. Mais, pour en revenir à notre affaire, voyons, soyez ce que vous êtes naturellement, ma respectable amie, obligeante au possible; concourez à une double bonne action: d'abord à arracher, je vous le disais, une jeune fille à Satan et à ses pompes, en lui assurant un sort honnête, c'est-à-dire le moyen de revenir à la vertu; et ensuite, chose non moins capitale, le moyen de rendre ainsi peut-être à la raison une pauvre mère devenue folle de chagrin… Pour cela, que faut-il faire?… quelques démarches… voilà tout.

— Mais pourquoi cette fille-là plutôt qu'une autre, mon gros bibi? C'est donc parce qu'elle est comme une espèce de rareté?

— Certainement, ma respectable amie… sans cela, cette pauvre mère folle… que l'on veut ramener à la raison, ne serait pas, à sa vue, frappée comme il faut qu'elle le soit.

— Ça c'est juste.

— Allons, voyons, un petit effort, ma digne amie.

— Farceur… allez! dit Sainte-Colombe avec un mol abandon; il faut faire tout ce que vous voulez…