— Monseigneur, ayez pitié de moi… j'étais lâche, j'avais peur… je reculais devant ma vengeance, maintenant… je donnerais pour elle… torture pour torture. Monseigneur… laissez-moi vous quitter… j'irai seul à ce rendez-vous…
Ce disant, Faringhea fit un mouvement comme s'il eût voulu se précipiter hors de la voiture. Djalma le retint vivement par le bras et lui dit:
— Reste… je ne te quitte pas… Si tu es trahi, tu ne répandras pas le sang; le mépris te vengera… l'amitié te consolera.
— Non… non… Monseigneur… j'y suis décidé… quand j'aurai tué… je me tuerai… s'écria le métis avec une exaltation farouche. Aux traîtres ce kanjiar… et il mit la main sur un long poignard qu'il avait à la ceinture. À moi le poison… que ce poignard renferme dans sa garde…
— Faringhea!
— Monseigneur, si je vous résiste… Pardonnez-moi, il faut que ma destinée s'accomplisse…
Le temps pressait; Djalma, désespérant de calmer la rage féroce du métis, résolut d'agir par ruse. Après quelques minutes de silence, il dit à Faringhea:
— Je ne te quitterai pas… je ferai tout pour t'épargner un crime… Si je n'y parviens pas… si tu méconnais ma voix… que le sang que tu auras répandu retombe sur toi… De ma vie ma main ne touchera la tienne…
Ces mots parurent produire une profonde impression sur Faringhea; il poussa un long gémissement et, courbant sa tête sur sa poitrine, il resta silencieux et sembla réfléchir.
Djalma s'apprêtait, à la faible clarté que projetaient les lanternes dans l'intérieur de la voiture, à user de surprise ou de force pour désarmer le métis, lorsque celui-ci, qui d'un regard oblique avait deviné l'intention du prince, porta brusquement la main à son kanjiar, le retira de sa ceinture, lame et fourreau; puis le tenant à la main, il dit au prince d'un ton à la fois solennel et farouche: