— Ce poignard, manié par une main ferme, est terrible… dans ce flacon est renfermé un poison subtil comme tous ceux de notre pays.
Et le métis ayant fait jouer un ressort caché dans la monture du kanjiar, le pommeau se leva comme un couvercle, et laissa voir le col d'un petit flacon de cristal caché dans l'épaisseur du manche de cette arme meurtrière.
— Deux ou trois gouttes de ce poison sur les lèvres, reprit le métis, et la mort vient lente… paisible et douce… sans agonie… Au bout de quelques heures… pour premier symptôme, les ongles bleuissent… Mais qui viderait ce flacon d'un trait… tomberait mort… tout à coup, sans souffrance, et comme foudroyé…
— Oui, répondit Djalma, je sais qu'il est dans notre pays de mystérieux poisons qui glacent peu à peu la vie ou qui frappent comme la foudre… mais… pourquoi s'appesantir ainsi sur les sinistres propriétés de cette arme?…
— Pour vous montrer, Monseigneur, que ce kanjiar est la sûreté et l'impunité de ma vengeance… avec ce poignard, je tue; avec ce poison, j'échappe à la justice des hommes par une mort rapide… Et pourtant… ce kanjiar… je vous l'abandonne, prenez-le… Monseigneur… Plutôt renoncer à ma vengeance que de me rendre indigne de jamais toucher votre main.
Et le métis tendit le poignard au prince. Djalma, aussi heureux que surpris de cette détermination inattendue, passa vivement l'arme terrible à sa ceinture pendant que le métis reprit d'une voix émue:
— Gardez ce kanjiar, Monseigneur, et lorsque vous aurez vu… et entendu ce que nous allons voir et entendre, ou vous me donnerez le poignard, et je frapperai une infâme… ou vous me donnerez le poison… et je mourrai sans frapper… À vous d'ordonner… à moi d'obéir…
Au moment où Djalma allait répondre, la voiture s'arrêta devant la maison de la Sainte-Colombe.
Le prince et le métis, bien encapés, entrèrent sous un porche obscur. La porte cochère se referma sur eux. Faringhea échangea quelques mots avec le portier; celui-ci lui remit une clef.
Les deux Indiens arrivèrent bientôt devant une des portes de l'établissement de la Sainte-Colombe. Ce logis avait deux entrées sur ce palier et une entrée donnant sur la cour.