Djalma, écrasé par le désespoir en songeant qu'Adrienne aussi allait mourir, sentit son courage l'abandonner; il poussa un long gémissement, cacha sa figure dans ses mains, ses genoux se dérobèrent sous lui, et il tomba assis sur le lit, auprès duquel il se trouvait alors…

— Déjà!… s'écria la jeune fille avec horreur, en se précipitant à genoux aux pieds de Djalma, déjà la mort… tu me caches ta figure…

Et, dans son effroi, elle abaissa vivement les mains de l'Indien pour le contempler… il avait le visage inondé de larmes.

— Non… pas encore… la mort, murmura-t-il à travers ses sanglots: Ce poison… est lent…

— Vrai? s'écria Adrienne avec une joie indicible; puis elle ajouta en baisant les mains de Djalma avec une ineffable tendresse: Puisque ce poison est lent… pourquoi pleures-tu, alors?

— Mais toi… mais toi!!!… disait l'Indien d'une voix déchirante.

— Il ne s'agit pas de moi… reprit résolument Adrienne; tu as tué… nous expierons ton crime… J'ignore ce qui s'est passé… mais, sur notre amour… je le jure… tu n'as pas fait le mal pour le mal… il y a là quelque horrible mystère!

— Sous un prétexte auquel j'ai dû croire, reprit Djalma d'une voix haletante et précipitée, Faringhea m'a emmené dans une maison; là, il m'a dit que tu me trompais… je ne l'ai pas cru d'abord, mais je ne sais quel vertige s'est emparé de moi… et bientôt, à travers une demi-obscurité, je t'ai vue…

— Moi?…

— Non… pas toi… mais une femme vêtue comme toi; elle te ressemblait tant… que… dans le trouble de ma raison, j'ai cru à cette illusion… Enfin… un homme est venu… tu as couru à lui… Alors, moi, fou de rage, j'ai frappé la femme… et puis l'homme… je les ai vus tomber; ensuite je suis revenu mourir ici… et… je te retrouve… et c'est pour causer ta mort… Oh! malheur! malheur!… tu devais mourir par moi!!!