Et Djalma, cet homme d'une si redoutable énergie, se prit de nouveau à éclater en sanglots avec la faiblesse d'un enfant.
À la vue de ce désespoir si profond, si touchant, si passionné… Adrienne, avec cet admirable courage que les femmes seules possèdent dans l'amour, ne songea plus qu'à consoler Djalma… Par un effort de passion surhumaine, à cette révélation du prince qui dévoilait un complot infernal, la figure de la jeune fille devint si resplendissante d'amour, de bonheur et de passion, que l'Indien, la regardant avec stupeur, craignit un instant qu'elle n'eût perdu la raison.
— Plus de larmes, mon amant adoré, s'écria la jeune fille radieuse, plus de larmes, mais des sourires de joie et d'amour… rassure-toi; non… non… nos ennemis acharnés ne triompheront pas.
— Que dis-tu?
— Ils nous voulaient malheureux… plaignons-les… notre félicité ferait envie au monde.
— Adrienne… reviens à toi…
— Oh! j'ai ma raison… toute ma raison… Écoute-moi, mon ange… maintenant, je comprends tout. Tombant dans le piège que ces misérables t'ont rendu, tu as tué… Dans ce pays… vois- tu… un meurtre… c'est l'infamie… ou l'échafaud… Et demain… cette nuit peut-être, tu aurais été jeté en prison. Aussi nos ennemis se sont dit: «Un homme comme le prince Djalma n'attend pas l'infamie ou l'échafaud, il se tue… Une femme comme Adrienne de Cardoville ne survit pas à l'infamie ou à la mort de son amant… elle se tue… ou elle meurt de désespoir… Ainsi… mort affreuse pour lui… mort affreuse pour elle… et, pour nous… ont dit ces hommes noirs… l'héritage que nous convoitons…»
— Mais pour toi!… si jeune, si belle, si pure… la mort est affreuse… et ces monstres triomphent! s'écria Djalma. Ils auront dit vrai…
— Ils auront menti… s'écria Adrienne; notre mort sera céleste… enivrante… car ce poison est lent… et je t'adore… mon Djalma!…
En disant ces mots d'une voix basse et palpitante de passion, Adrienne, s'accoudant sur les genoux de Djalma, s'était approchée si près… de lui, qu'il sentit sur ses joues le souffle embrasé de la jeune fille… À cette impression enivrante, aux jets de flamme humide que lui dardaient les grands yeux nageants d'Adrienne, dont les lèvres entr'ouvertes devenaient d'un pourpre de plus en plus éclatant, l'Indien tressaillit… une ardeur brûlante le dévora; son sang vierge, brassé par la jeunesse et par l'amour, bouillonna dans ses veines; il oublia tout, et son désespoir et une mort prochaine qui ne se manifestait encore chez lui, ainsi que chez Adrienne, que par une ardeur fiévreuse. Sa figure, comme celle de la jeune fille, était redevenue d'une beauté resplendissante… idéale!