— Ô mon amant… mon époux adoré… comme tu es beau! disait Adrienne avec idolâtrie. Oh! tes yeux… ton front… ton cou… tes lèvres… comme je les aime!… Que de fois le souvenir de ta ravissante figure, de ta grâce… de ton brûlant amour… a égaré ma raison!… que de fois j'ai senti faiblir mon courage… en attendant ce moment divin où je vais être à toi… oui, à toi… toute à toi!… Tu le vois, le ciel veut que nous soyons l'un à l'autre, et rien ne manquera aux ravissements de nos voluptés…, car, ce matin même, l'homme évangélique qui devait dans deux jours bénir notre union a reçu de moi, en ton nom et au mien, un don royal qui mettra pour jamais la joie au coeur et au front de bien des infortunés… Ainsi, que regretter, mon ange? Nos âmes immortelles vont s'exhaler dans nos baisers, pour remonter, encore enivrées d'amour… vers ce Dieu adorable qui est tout amour.
— Adrienne!
— Djalma!…
* * * * *
Et, retombant, les rideaux diaphanes et légers voilèrent comme un nuage cette couche nuptiale et funèbre. Funèbre: car, deux heures après, Adrienne et Djalma rendaient le dernier soupir dans une voluptueuse agonie.
LXII. Une rencontre.
Adrienne et Djalma étaient morts le 30 mai. La scène suivante se passait le 31 du même mois, veille du jour fixé pour la dernière convocation des héritiers de Marius Rennepont.
On se souvient sans doute de la disposition de l'appartement que M. Hardy avait occupé dans la maison de retraite des révérends pères de la rue Vaugirard, appartement sombre, isolé, et dont la dernière pièce donnait sur un triste petit jardin planté d'ifs et entouré de hautes murailles.
Pour arriver dans cette pièce reculée, il fallait traverser deux vastes chambres, dont les portes, une fois fermées, interceptaient tout bruit, toute communication du dehors.
Ceci rappelé, poursuivons.