— Ah! rassurez-vous, dit Adrienne, en l'interrompant et en la devinant, si vous acceptez, je saurai concilier, avec mon désir un peu égoïste de vous avoir auprès de moi, l'indépendance de votre caractère, vos habitudes du travail, votre goût pour la retraite et votre besoin de vous dévouer à tout ce qui mérite la commisération; et même, je ne vous le cache pas, c'est en vous donnant surtout les moyens de satisfaire ces généreuses tendances que je compte vous séduire et vous fixer près de moi.
— Mais qu'ai-je donc fait, mademoiselle, dit naïvement la Mayeux, pour mériter tant de reconnaissance de votre part? N'est-ce pas vous, au contraire qui avez commencé par vous montrer si généreuse envers mon frère adoptif?
— Oh! je ne vous parle pas de reconnaissance, dit Adrienne, nous sommes quittes… mais je vous parle de l'affection, de l'amitié sincère que je vous offre.
— De l'amitié… à moi… mademoiselle?
— Allons! allons! lui dit Adrienne avec un charmant sourire, ne soyez pas orgueilleuse parce que vous avez l'avantage de la position; et puis, j'ai mis dans ma tête que vous seriez mon amie… et, vous le verrez, cela sera… Mais, maintenant, j'y songe… et c'est un peu tard… quelle bonne fortune vous amène ici?
— Ce matin, M. Dagobert a reçu une lettre dans laquelle on le priait de se rendre ici, où il trouverait, disait-on, de bonnes nouvelles relativement à ce qui l'intéresse le plus au monde… Croyant qu'il s'agissait des demoiselles Simon, il m'a dit: «La Mayeux, vous avez pris tant d'intérêt à ce qui regarde ces enfants, qu'il faut que vous veniez avec moi; vous verrez ma joie en les retrouvant: ce sera votre récompense…»
Adrienne regarda Rodin. Celui-ci fit un signe de tête affirmatif et dit:
— Oui, oui, chère demoiselle, c'est moi qui ai écrit à ce brave soldat… mais sans signer et sans m'expliquer davantage; vous saurez pourquoi.
— Alors, ma chère enfant, comment êtes-vous venue seule? dit
Adrienne.
— Hélas, mademoiselle, j'ai été, en arrivant, si émue de votre accueil que je n'ai pu vous dire mes craintes.