— De sorte que, parce qu'il est prêtre, un infâme comme vous est certain de l'impunité, et qu'il peut mettre sa lâcheté et ses crimes à l'abri de sa robe noire?

— Je ne comprends pas un mot à vos accusations, monsieur; en tout cas, il y a des lois, dit le père d'Aigrigny en mordant ses lèvres blêmes de colère, car il ressentait profondément l'injure que venait de lui adresser le maréchal; si vous avez à vous plaindre… adressez-vous à la justice… elle est égale pour tous.

Le maréchal Simon haussa les épaules avec un dédain farouche.

— Vos crimes échappent à la justice… elle les punirait, que je ne lui laisserais pas encore le soin de me venger… après tout le mal que vous m'avez fait, après tout ce que vous m'avez ravi… Et, au souvenir de ses enfants, la voix du maréchal s'altéra légèrement: mais il reprit bientôt son calme terrible. Vous sentez bien que je ne vis plus que pour la vengeance… moi… mais il me faut une vengeance que je puisse savourer… en sentant votre lâche coeur palpiter au bout de mon épée… Notre dernier duel… n'a été qu'un jeu; mais celui-ci… oh! vous allez voir celui- ci…

Et le maréchal marcha vers la table où il avait posé les épées.

Il fallait au père d'Aigrigny un grand empire sur lui-même pour se contraindre; la haine implacable qu'il avait toujours éprouvée contre le maréchal Simon, ses provocations insultantes, réveillaient en lui mille ardeurs farouches; pourtant il répondit d'un ton assez calme:

— Une dernière fois, monsieur, je vous le répète, le caractère dont je suis revêtu m'empêche de me battre.

— Ainsi… vous refusez? dit le maréchal en se retournant vers lui et s'approchant.

— Je refuse.

— Positivement?