— Oui… mais je n'ai jamais pu comprendre comment mes papiers et mon argent avaient disparu de mon sac… Je croyais avoir eu le malheur de les perdre.

Rodin haussa les épaules et reprit:

— Ils vous ont été volés à l'auberge du _Faucon blanc _par Goliath, un des affidés de Morok, et celui-ci a envoyé les papiers et la croix à l'abbé d'Aigrigny pour lui prouver qu'il avait réussi à exécuter les ordres qui concernaient les orphelines et vous-même. C'est avant-hier que j'ai eu la clef de cette machination ténébreuse: croix et papiers se trouvaient dans les archives de l'abbé d'Aigrigny; les papiers formaient un volume trop considérable; on se serait aperçu de leur soustraction; mais d'après ma lettre, espérant vous voir ce matin, et sachant combien un soldat de l'empereur tient à sa croix, relique sacrée comme vous le dites, mon bon ami, ma foi! je n'ai pas hésité: j'ai mis la relique dans ma poche. Après tout, me suis-je dit, ce n'est qu'une restitution, et ma délicatesse s'exagère peut-être la portée de cet abus de confiance.

— Vous ne pouviez faire une action meilleure, dit Adrienne, et, pour ma part, en raison de l'intérêt que je porte à M. Dagobert, je vous en suis personnellement reconnaissante.

Puis, après un moment de silence, elle reprit avec anxiété:

— Mais, monsieur, de quelle effrayante puissance dispose donc M. d'Aigrigny… pour avoir en pays étranger des relations si étendues et si redoutables?

— Silence! s'écria Rodin à voix basse en regardant autour de lui d'un air épouvanté, silence… silence!… Au nom du ciel, ne m'interrogez pas là-dessus!!!

III. Révélations.

Mlle de Cardoville, très étonnée de la frayeur de Rodin lorsqu'elle lui avait demandé quelque explication sur le pouvoir si formidable, si étendu, dont disposait l'abbé d'Aigrigny, lui dit:

— Mais, monsieur, qu'y a-t-il donc de si étrange dans la question que je viens de vous faire?