Et il tira de sa poche un rouleau cacheté qu'il remit à la Mayeux, aussi surprise qu'attendrie.
— Vous avez une soeur malheureuse… et je n'en sais rien, dit vivement Adrienne à l'ouvrière; ah! mon enfant, c'est mal!
— Ne la blâmez pas… dit Rodin. D'abord elle ignorait que sa soeur fût malheureuse, et puis elle ne pouvait pas vous demander, à vous, ma chère demoiselle, de vous y intéresser.
Et comme Mlle de Cardoville regardait Rodin avec étonnement, il ajouta en s'adressant à la Mayeux:
— N'est-il pas vrai, ma chère fille?
— Oui, monsieur, dit l'ouvrière en baissant les yeux et rougissant de nouveau. Puis elle ajouta vivement et avec anxiété:
— Mais ma soeur, monsieur, où l'avez-vous vue? où est-elle? comment est-elle malheureuse?
— Tout ceci serait trop long à vous dire, ma chère fille; allez le plus tôt possible rue Clovis, maison de la fruitière; demandez à parler à votre soeur de la part de M. Charlemagne ou de M. Rodin, comme vous voudrez, car je suis connu dans ce pied-à- terre sous mon nom de baptême comme sous mon nom de famille, et vous saurez le reste… Dites seulement à votre soeur que si elle est sage, que si elle persiste dans ses bonnes résolutions, l'on continuera de s'occuper d'elle.
La Mayeux, de plus en plus surprise, allait répondre à Rodin, lorsque la porte s'ouvrit, et M. de Gernande entra. La figure du magistrat était grave et triste.
— Et les filles du maréchal Simon? s'écria Mlle de Cardoville.