— Malheureusement je ne vous les amène pas, répondit le juge.
— Et où sont-elles, monsieur? qu'en a-t-on fait? Avant-hier encore elles étaient dans ce couvent! s'écria Dagobert bouleversé de ce complet renversement de ses espérances.
À peine le soldat eut-il prononcé ces mots, que, profitant du mouvement qui groupait les acteurs de cette scène autour du magistrat, Rodin se recula de quelques pas, gagna discrètement la porte, et disparut sans que personne se fût aperçu de son absence.
Pendant que le soldat, ainsi rejeté tout à coup au plus profond de son désespoir, regardait M. de Gernande, attendant sa réponse avec angoisse, Adrienne dit au magistrat:
— Mais, mon Dieu! monsieur, lorsque vous vous êtes présenté dans le couvent, que vous a répondu la supérieure au sujet de ces jeunes filles?
— La supérieure a refusé de s'expliquer, mademoiselle. «— Vous prétendez, monsieur, m'a-t-elle dit, que les jeunes personnes dont vous parlez sont retenues ici contre leur gré… puisque la loi vous donne cette fois le droit de pénétrer dans cette maison, visitez-la… «— Mais, madame, veuillez me répondre positivement, ai-je dit à la supérieure: affirmez-vous être complètement étrangère à la séquestration des jeunes filles que je viens réclamer?
«— Je n'ai rien à dire à ce sujet, monsieur; vous vous dites autorisé à faire des perquisitions: faites-les.»
— Ne pouvant obtenir d'autres explications, ajouta le magistrat, j'ai parcouru le couvent dans toutes ses parties, je me suis fait ouvrir toutes les chambres… mais malheureusement je n'ai trouvé aucune trace de ces jeunes filles…
— Ils les auront envoyées dans un autre endroit! s'écria Dagobert, et qui sait?… bien malades peut-être… ils les tueront, mon Dieu! ils les tueront! s'écria-t-il avec un accent déchirant.
— Après un tel refus, que faire, mon Dieu! quel parti prendre?
Ah! de grâce, éclairez-nous, monsieur, vous notre conseil, vous
notre providence, dit Adrienne en se retournant pour parler à
Rodin qu'elle croyait derrière elle: quelle serait votre…?