Puis il ajouta en s'adressant à Adrienne:

— Pardon, mademoiselle, d'être si peu poli, de vous remercier si mal de ce que vous m'apprenez… mais vous concevez, il y a dix- sept ans que je n'ai pas vu ma femme. J'arrive… et au lieu de trouver deux êtres à chérir… j'en trouve trois… De grâce, mademoiselle, je désirerais savoir toute la reconnaissance que je vous dois. Vous êtes notre parente? Je suis sans doute ici chez vous… Ma femme, mes enfants sont là… n'est-ce pas?… Craignez-vous que ma brusque apparition ne leur soit mauvaise? j'attendrai… mais, tenez, mademoiselle, j'en suis certain, vous êtes aussi bonne que belle… ayez pitié de mon impatience… préparez-les bien vite toutes les trois à me revoir.

Dagobert, de plus en plus ému, évitait les regards du maréchal et tremblait comme la feuille.

Adrienne baissait les yeux sans répondre; son coeur se brisait à la pensée de porter un coup terrible au maréchal Simon.

Celui-ci s'étonna bientôt de ce silence; regardant tour à tour Adrienne et le soldat d'un air d'abord inquiet et bientôt alarmé, il s'écria:

— Dagobert!… tu me caches quelque chose…

— Mon général… répondit-il en balbutiant, je vous assure… je… je…

— Mademoiselle, s'écria Pierre Simon, par pitié, je vous en conjure, parlez-moi franchement, mon anxiété est horrible… Mes premières craintes reviennent… Qu'y a-t-il?… Mes filles… ma femme sont-elles malades? sont-elles en danger? Oh! parlez! parlez!

— Vos filles, monsieur le maréchal, dit Adrienne, ont été un peu souffrantes, par suite de leur long voyage; mais il n'y a rien d'inquiétant dans leur état…

— Mon Dieu!… c'est ma femme… alors… c'est ma femme qui est en danger.