—Il paraît que le trépas de celui-ci a été plus sérieux que l’autre, dit Croustillac en affectant de prendre un air dégagé.
—Quant à cette histoire-là, camarade, je ne vous la raconterai pas; vous auriez peur...
—Moi... peur? Et le Gascon haussa les épaules.
La Barbe-Bleue se pencha encore à l’oreille du chevalier et lui dit:
—Laissez-le faire, ami, cette histoire-là, au moins, en vaut la peine... Je vais bien attraper Arrache-l’Ame.
Puis, s’adressant au boucanier:
—Eh bien! voyons... dites... dites donc; ne vous arrêtez pas en si beau chemin... vous voyez bien que le chevalier vous écoute de toutes ses oreilles; voyons, parlez, je ne veux pas qu’il achète, comme on dit, chat en poche...
—Vous voulez dire tigresse en poche, reprit en riant le boucanier. Eh bien! mon gentilhomme, dit-il à Croustillac, figurez-vous que ce troisième mari-là était un beau brun, trente-six ans. Espagnol de naissance; nous l’avions empaumé à la Havane.
—Mais, mon Dieu, dis donc vite, Arrache-l’Ame; le chevalier s’impatiente.
—Ce ne fut pas de la poudre grise qu’il goûta celui-là, reprit le boucanier, mais une goutte... une seule goutte d’une jolie liqueur verte, contenue dans le plus petit flacon que j’aie vu de ma vie, car il est fait d’un seul rubis creusé.