—Vous avez été soldat ou chasseur, frère, dit le boucanier, vous saurez donc, je l’espère, vous passer de serviteurs: aucun homme, si ce n’est moi, ou l’Ouragan, ou le Caraïbe, ne passe la première porte de cette demeure; notre belle hôtesse a fait une exception en votre faveur; mais cette exception doit être la seule. Sur ce, frère, que Dieu ou le diable vous ait en bonne garde.
Le boucanier sortit en enfermant Croustillac à double tour.
Le chevalier, assez contrarié, ouvrit une fenêtre qui donnait sur le petit parc; elle était garnie d’un treillis de mailles d’acier qu’il était impossible de briser, mais qui ne cachait en rien la vue du délicieux jardin que la lune éclairait alors d’une douce clarté.
Croustillac, assez peu rassuré, interrogea les boiseries et le plancher de sa chambre, pour s’assurer qu’ils ne cachaient pas de piége; il regarda sous son lit, sonda le plafond avec la pointe de son épée; il ne trouva rien de suspect.
Néanmoins, pour plus de prudence et de sûreté, le chevalier résolut de se coucher tout habillé, après avoir placé sa fidèle rapière dans la ruelle et à sa portée.
Malgré sa résolution de veiller, les fatigues et les émotions de la journée plongèrent bientôt l’aventurier dans un profond sommeil. . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Angèle, assise dans un salon dont nous avons parlé, disait au boucanier:
—Malheureusement cet homme est moins sot et moins crédule que nous le pensions... Pourvu qu’il ne soit pas dangereux?
—Non, non, rassure-toi, dit le boucanier. Il a voulu faire l’esprit fort... mais nos deux histoires l’ont frappé; Il se souviendra longtemps de cette soirée... et qui mieux est, il en parlera; crois-moi, toutes les exagérations qu’il racontera rajeuniront les récits mystérieux que l’on fait sur le Morne-au-Diable.