—Ah! s’écria la veuve encore effrayée à ce souvenir, lorsque cet aventurier a dit que tout ceci était une comédie, et qu’il pénétrerait bien ces apparences... malgré moi j’ai été épouvantée...
—Il n’y a rien à craindre, vous dis-je, madame Barbe-Bleue, reprit gaiement le boucanier en se mettant aux genoux d’Angèle et la regardant avec tendresse, votre diabolique réputation est trop bien établie pour qu’elle souffre la moindre atteinte; mais avouez que j’ai eu de l’imagination, et que ma poudre grise et ma liqueur verte ont fait merveille...
—Et mon homme rouge qui signe à mon contrat, dit Angèle en éclatant de rire, pour quoi comptes-tu cela?
—A la bonne heure... voilà comme je t’aime, rieuse et folle, dit le boucanier. Lorsque je te vois triste et rêveuse, je crains toujours que cette retraite ne te pèse...
—Voulez-vous bien vous taire, monsieur Rache-l’Ame?... Est-ce que j’ai l’air de m’ennuyer auprès de vous? Seriez-vous jaloux de vos rivaux? Demandez-leur si je les aime mieux que vous!... Ne m’avez-vous pas procuré le divertissement et le régal de ce Gascon, à qui j’ai dû le plus délicieux accès de gaieté? j’en étais inconvenante. Enfin, excepté, mes sottes appréhensions, cette soirée n’eût-elle pas été charmante... ne l’est-elle pas puisque vous êtes là vos yeux sous mes yeux, monsieur mon amant?... Ah! mais j’y pense, il fait un clair de lune superbe... Allons faire une bonne promenade au dehors...
—Oui... nous irons sur le grand pic, tu sais... d’où l’on découvre au loin la mer?... Par cette belle nuit, ce sera magnifique.
—Allons, enfant capricieux, prenez votre mante, dit le boucanier en se levant.
—Allons, monsieur Barbe-Noire, prenez votre sombrero espagnol et préparez-vous à me porter dans vos bras hors de tous les mauvais pas, car je suis paresseuse.
—Allons, madame Barbe-Bleue... mais vous ne voulez donc pas que nous allions visiter notre hôte?