Le chevalier fut interrompu dans ses tristes réflexions par la vieille mulâtresse qui vint gratter à sa porte et le prévenir que le nègre qui, la veille, lui avait servi de valet de chambre, l’attendait dans le bâtiment extérieur.

Croustillac suivit l’esclave, se fit peigner, raser, s’habilla, et revint attendre la Barbe-Bleue dans le même salon où il l’avait déjà attendue la veille.

La veuve parut bientôt.

CHAPITRE XIV.
L’AMOUR VRAI.

En voyant la Barbe-Bleue, malgré lui Croustillac rougit comme un écolier.

—J’ai été bien maussade hier, n’est-ce pas? dit Angèle au chevalier avec un sourire enchanteur, je vous ai donné une mauvaise opinion de moi en permettant à Arrache-l’Ame de raconter toutes sortes de folies; mais ne parlons plus de cela... A propos, Youmaalë le Caraïbe est ici.

—De ma fenêtre je l’ai vu avec vous, madame, dit amèrement l’aventurier, et il pensa: Elle n’a pas, en vérité, la moindre vergogne... quel dommage, avec une si adorable figure... Allons, Croustillac, sois ferme.

—N’est-ce pas qu’il est très beau, Youmaalë? demanda la veuve d’un air triomphant.

—Hum... hum... il est très beau pour un sauvage, répondit le chevalier avec dépit; mais puisque nous voilà seuls, madame, expliquez-moi donc comment vous pouvez, du jour au lendemain (ne vous choquez pas de cette question, que les circonstances m’obligent de vous poser), comment pouvez-vous, du jour au lendemain, changer ainsi d’amoureux?

—Oh mon Dieu! dit ingénument la veuve, l’un vient, l’autre s’en va; c’est tout simple.