—L’un vient, l’autre s’en va... c’est fort simple, en effet, envisagé sous le point de vue... mais, madame... la nature et la morale ont des lois...
—Ils m’aiment bien tous les trois, pourquoi ne les aimerais-je pas tous les trois?
Ces réponses étaient faites avec une si parfaite candeur, que le chevalier se dit:
—Il faut nécessairement que cette malheureuse-là ait été élevée dans quelque désert, dans quelque caverne; elle n’a pas la moindre notion du bien et du mal; ce serait absolument une éducation à faire... Il reprit tout haut avec certain embarras: Dussé-je passer pour un indiscret, pour un fâcheux, madame, je dois vous dire que, ce matin, pendant votre promenade avec le Caraïbe, je vous ai vue et entendue; comment se fait-il que sur un signe de lui vous ayez osé, au risque de vous empoisonner, porter à vos lèvres le fruit mortel du mancenillier?
—Youmaalë me dirait: Meurs! que je mourrais, répondit la veuve avec exaltation.
—Mais le boucanier, le flibustier, que diraient-ils si vous mouriez pour le Caraïbe?
—Ils diraient que j’ai bien fait.
—Et s’ils vous demandaient de mourir pour eux?
—Je mourrais pour eux.
—Comme pour Youmaalë?