Rutler ne douta pas que le Gascon ne fût l’homme qu’il cherchait; il sortit tout à coup de sa cachette, s’élança sur le chevalier, lui jeta un voile sur la figure, profita de son saisissement pour le renverser à terre; puis, lui passant un nœud coulant autour des mains, il eut bientôt maîtrisé sa résistance, grâce à sa rare vigueur.

Le chevalier fut ainsi terrassé, garrotté, et bâillonné en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire.

Ceci fait, le colonel lui mit un poignard sur la gorge en lui disant:

—Milord-duc, vous êtes mort... si vous faites un mouvement, ou si vous appelez madame la duchesse à votre secours... Au nom de Guillaume d’Orange, roi d’Angleterre, je vous arrête comme coupable de haute trahison... et vous allez me suivre...

CHAPITRE XVIII.
MILORD-DUC.

Brusquement attaqué par un adversaire d’une force extraordinaire, Croustillac ne tenta pas même de résister.

Le voile dont on lui avait entouré la figure lui ôtait presque la respiration. A peine pouvait-il pousser quelques cris inarticulés.

Rutler se pencha à son oreille, et lui dit en anglais avec un accent hollandais très prononcé:

—Milord-duc, je puis vous débarrasser de ce voile; mais prenez garde... Si vous appelez du secours, vous êtes mort. Sentez-vous la pointe de mon poignard?

Le malheureux Croustillac, n’entendant pas l’anglais, mais sentant la pointe du poignard, s’écria: