—Parlez français! parlez français...

—Je comprends que votre Grâce, qui a été élevée en France, préfère cette langue, reprit Rutler, qui crut que son accent hollandais rendait ses paroles peu intelligibles, et il ajouta: Vous m’excuserez donc, monseigneur, si je ne m’exprime pas très bien en français... J’avais l’honneur de dire à votre Grâce qu’au moindre cri, je serais obligé de la tuer. Il dépend aussi de vous, milord-duc, d’avoir ou non la vie sauve... en empêchant madame la duchesse, votre femme, d’appeler du secours si elle revient.

Il est évident qu’on me prend pour un autre, pensa le chevalier. Mordioux! dans quel diable de guêpier me suis-je fourré? Quel est ce nouveau mystère?... et à qui en a ce Flamand brutal, avec son éternel poignard et son milord-duc? Après tout, encore est-il bon de n’être pas pris pour un homme de peu. Et la Barbe-Bleue qui serait duchesse... et qui passe pour ma femme!

—Écoutez, milord, dit Rutler après quelques moments de silence, pour la plus grande commodité de votre Grâce, je puis vous délivrer du voile qui vous entoure; mais, je vous le répète, au moindre cri de madame la duchesse, à la moindre manifestation de vos esclaves pour vous défendre... je me verrai forcé de vous tuer... j’ai promis au roi, mon maître, de vous ramener mort on vif.

—J’étouffe!... ôtez-moi d’abord ce voile... je ne crierai pas! murmura Croustillac, pensant que le colonel allait reconnaître son erreur....

Rutler ôta le voile qui enveloppait la figure de l’aventurier... Celui-ci vit un homme agenouillé près de lui et le menaçant d’un poignard.

La nuit était claire, le chevalier distingua parfaitement les traits du colonel, ils lui étaient absolument inconnus.

—Monseigneur, rappelez-vous votre promesse! lui dit Rutler, qui ne manifesta pas le moindre étonnement lorsque le visage de l’aventurier fut découvert.

—Comment.... il ne s’aperçoit pas de sa méprise! pensa le chevalier stupéfait.

—Maintenant, milord-duc, reprit le colonel en aidant Croustillac à s’asseoir assez commodément auprès du bassin de marbre, maintenant, milord-duc, pardonnez-moi la rudesse de mon attaque, mais j’ai dû agir ainsi...