—Peu de fortunes égalent encore la vôtre, monseigneur... les sommes énormes que vous avez tirées de la vente d’une partie de vos pierreries seront conservées à vous et aux vôtres. Guillaume d’Orange, mon maître, n’est pas de ceux qui enrichissent leurs créatures par la confiscation des biens d’ennemis politiques.

—Je ne te savais pas si riche, pauvre Croustillac, se dit le Gascon. Si j’avais prévu cela... combien j’aurais peu avalé de bougies pour la plus grande récréation de cet animal marin de maître Daniel! Puis il ajouta tout haut:

—Je reconnais à cela la générosité de votre maître, monsieur; ainsi, mes grands biens... mes trésors... Et le Gascon ajouta tout bas: Cela fait toujours plaisir de dire une fois dans sa vie.. Mes grands biens, mes trésors...

—Le roi mon maître, milord-duc, m’a ordonné de vous dire que vous pourriez faire freter un navire pour conduire en Angleterre toutes vos richesses.

—Oh! mes vieux bas roses! mon vieux justaucorps vert! mon feutre pelé et ma vieille rapière... se dit Croustillac; voilà mon vrai domaine, mes vrais meubles et immeubles. Il ne faudra pas une flotte marchande pour les transporter. Puis il reprit tout haut:

—Mais revenons, monsieur, au sujet qui vous amène et aux découvertes que vous avez faites sur ma vie passée.

—Il y a trois ans, milord-duc, vous êtes venu habiter cette île, restant invisible pour tous et faisant répandre, par un flibustier et autres gens à votre solde, les bruits les plus étranges sur votre habitation, afin d’en éloigner les curieux.

—Je n’y comprends plus rien du tout, pensa Croustillac; la Barbe-Bleue... non... la veuve... c’est-à-dire non... la duchesse... ou plutôt la femme du mort... qui est veuf.... non... enfin la femme de n’importe qui... n’est donc pas du dernier mieux avec ces trois drôles? Pourtant j’ai vu... de mes yeux ses étranges privautés avec eux... j’ai entendu... Allons, allons, pour peu que cela dure... j’en deviendrai fou... je commence à me trouver stupide... et à voir une infinité de chandelles romaines dans l’intérieur de mon cerveau...

FIN DU PREMIER VOLUME.