—Si... monsieur... si, je désire que vous m’en disiez davantage... je veux voir jusqu’à quel point on a abusé de votre crédulité... Expliquez-vous, monsieur, expliquez-vous.

—La preuve que l’on n’a pas abusé de ma crédulité, milord, c’est que ma mission a pour but de ruiner les projets d’un envoyé de France qui, d’accord ou non avec votre Grâce, doit arriver d’un moment à l’autre dans cette île...

—Je vous donne ma parole de gentilhomme, monsieur, que j’ignorais l’arrivée de cet envoyé français.

—Je dois vous croire, milord... Pourtant, certains bruits avaient autorisé le roi, mon maître, à penser que votre Grâce, oubliant ses anciens ressentiments contre Jacques Stuart son oncle, avait écrit à ce roi détrôné pour lui offrir ses services...

—Jacques Stuart étant détrôné, dit Croustillac avec un accent rempli de dignité, cela changeait singulièrement la face des choses, et j’aurais pu ainsi condescendre envers... mon oncle... à des démarches que ma fierté ne m’aurait pas permises auparavant.

—Aussi, milord... de votre point de vue à vous, votre résolution n’eût-elle pas manqué de générosité...

—Sans doute, j’aurais pu parfaitement, sans me commettre, me rapprocher de... d’un roi détrôné, reprit intrépidement Croustillac, mais je ne l’ai pas fait, je vous en jure ma foi de gentilhomme.

—Je crois votre Grâce.

—Eh bien, alors... votre mission n’ayant plus de but...

—Vous comprenez, milord-duc... que, malgré la garantie de votre parole, les circonstances peuvent changer... et vos résolutions changer... comme les circonstances... L’espoir d’arriver au trône d’Angleterre... peut faire oublier bien des engagements ou éluder bien des promesses, milord-duc... Loin de moi la pensée de vouloir récriminer le passé; mais votre Grâce sait ce qu’elle a sacrifié lorsqu’elle a voulu porter une main audacieuse sur la couronne des Trois-Royaumes!