—Mes ordres ne concernant que vous, milord-duc, dit le colonel, vous êtes libre d’agir, au sujet de madame la duchesse, comme bon vous semblera. Rien de plus facile, ce me semble, que d’atteindre le but que vous vous proposez. Si madame votre femme s’étonne de votre départ, vous prétexterez de l’impérieuse nécessité d’un voyage de quelques jours à Saint-Pierre... Quant à ma présence ici... vous l’expliquerez aisément... Nous partons... et votre chaloupe nous conduit à la Barbade...
—Sans doute, sans doute, dit le Gascon embarrassé; car il voyait une foule de périls dans les propositions que lui faisait le colonel, sans doute... mon départ pourrait s’expliquer facilement ainsi; mais, pour donner des ordres aux nègres pêcheurs, il faudra faire du bruit dans la maison, éveiller ainsi l’attention de ma femme... Elle est extrêmement craintive et s’alarme de tout... Votre présence ici, monsieur, où personne au monde ne peut s’introduire, lui donnera des soupçons.... et ils amèneront nécessairement la scène pénible à laquelle je voudrais échapper à tout prix.
—Mais alors, milord, comment faire?
—Il y a un moyen infaillible, monsieur; quelque dangereux que soit le chemin par lequel vous vous êtes introduit ici, prenons-le; nous sortirons de l’île à l’aide du moyen dont vous vous êtes servi pour y entrer... Une fois à la Barbade, j’instruirai ma femme de l’événement... du cruel événement qui me sépare d’elle à jamais, et vous me jurerez à votre tour qu’elle ne sera pas inquiétée après mon départ.
—Malheureusement, milord, ce que vous me proposez est impossible.
—Comment cela?
—Je suis venu par la caverne du pêcheur de perles, milord.
—Eh bien, allons-nous-en par la caverne du pêcheur de perles.
—Il est donc vrai... milord..., vous ignoriez la communication secrète qui existait entre cette caverne et l’abîme qui cerne votre parc?
—Je l’ignorais complétement... mais puisque cette communication existe, servons-nous-en pour partir.