—Ce n’est pas difficile... c’est demain matin jour de pêche en haute mer, les noirs doivent être maintenant prêts à partir... pour être avant le jour à l’anse aux Caïmans, où est mouillé leur bateau.

—Monseigneur, tout nous seconde, vous le voyez, partons, dit le colonel à voix basse.

—C’est étonnant comme la Barbe-Bleue va au-devant de mes demandes, et comme elle facilite mon départ, se dit Croustillac; il y a là-dessous quelque chose de bien étrange... Je n’avais peut-être pas tout à fait tort de l’accuser de magie ou de nécromancie... Puis il reprit tout haut:

—Tu vas nous faire ouvrir les portes du dehors, Mirette, et ordonner aux noirs de se préparer à l’instant même.

—Eh bien! ajouta Croustillac en voyant la jeune femme rester immobile, ne m’as-tu pas entendu?

—Certainement, monseigneur, mais comment, votre Grâce... veut absolument...

—Monseigneur! ma Grâce!... Voilà une heure que tu m’appelles ainsi, devant un étranger, dit le Gascon d’un air courroucé, pensant faire un coup de maître: que serait-il arrivé... si monsieur n’était pas dans le secret?

—Oh! je sais bien que si cet étranger est ici à cette heure, c’est qu’on peut parler devant lui comme devant votre Grâce et devant madame... Mais est-ce bien possible, monseigneur, vous voulez absolument partir...

—La fine mouche veut avoir l’air de me retenir pour mieux jouer son rôle, pensa Croustillac. Mais, qui l’a instruite? qui lui a si bien tracé ce rôle?... Décidément il doit y avoir de la nécromancie là-dedans...

—Mais, monseigneur, reprit Mirette, que dirai-je à madame?