—Tu lui diras, reprit le pauvre Croustillac avec un attendrissement que le colonel attribua à des regrets bien naturels, tu lui diras, à cette chère et bonne femme, de n’avoir pas d’inquiétude... entends-tu bien, Mirette... pas d’inquiétude... assure-la bien que le petit voyage que je vais faire est absolument dans son intérêt... dis-lui enfin... de penser quelquefois à moi.

—Quelquefois, monseigneur? mais madame y pense... y pensera toujours, répondit Mirette d’une voix émue, car elle comprenait le sens caché des paroles de Croustillac. Soyez tranquille, monseigneur... madame sait combien vous l’aimez... et elle n’oublie rien... mais vous serez ici demain avant son réveil, n’est-ce pas?

—Oui, dit Croustillac, certainement, demain matin... Allons, Mirette, dépêche-toi de prévenir les nègres pêcheurs et de faire ouvrir la porte de la voûte; il faut que nous partions sans délai.

—Oui, monseigneur; en même temps je vous apporterai votre épée et votre manteau dans le salon, car la nuit est froide dans la montagne... Ah! J’oubliais, voici votre bonbonnière que vous portez toujours avec vous et que vous aviez laissée chez madame.

En disant ces mots, Angèle donna au Gascon une petite boîte, lui serra vivement la main et disparut.

—Vive Dieu! milord-duc, les choses ont mieux tourné que je ne l’espérais, dit le colonel; la maison est-elle encore éloignée?

—Non, après avoir monté cette dernière rampe, nous y arrivons.

En effet, au bout de quelques minutes, Rutler et son captif entrèrent dans le salon; le chevalier y trouva Angèle coiffée d’un madras et vêtue d’une longue simarre qui cachait sa taille; la jeune femme montra au chevalier un manteau qu’elle avait déposé sur un fauteuil.

—Voici votre cape et votre épée, monseigneur, dit-elle à Croustillac en lui remettant une rapière magnifique. Maintenant, je vais voir si les esclaves sont prêts.

Ce disant, Angèle sortit.