Ayant dépouillé son déguisement de Caraïbe et le roucouage qui cachait ses traits, Monmouth portait une ample simarre de tabis bleu à fleurs orange, et lisait attentivement plusieurs papiers étalés devant lui.

Pour expliquer le quiproquo dont le chevalier était la victime volontaire, nous dirons que Croustillac, sans ressembler beaucoup à Monmouth, était du même âge, de la même taille, brun comme lui, mince comme lui, et que le duc avait, comme le Gascon, le nez hardiment accusé et le menton saillant.

Tout autre que le colonel Rutler, officier hollandais arrivé des Provinces-Unies à la suite de Guillaume d’Orange, aurait donc pu tomber dans la même erreur, surtout en voyant entre les mains de Croustillac certains objets précieux connus que l’on savait avoir appartenu au fils de Charles II.

Quant au choix de Rutler, on conçoit que, pour remplir une pareille mission dans toutes ses conséquences, il fallait un homme sûr, intrépide, aveuglément dévoué, et capable de pousser le dévouement presque jusqu’à l’assassinat; le choix de Guillaume d’Orange se trouvant très circonscrit par de telles exigences, il lui avait été probablement impossible de trouver un homme qui connût personnellement Monmouth, et qui ne reculât devant aucune des terribles extrémités que pouvait amener cette périlleuse et cruelle entreprise.

Monmouth était profondément absorbé dans la lecture de quelques journaux anglais.

Tout à coup, la porte de sa chambre s’ouvrit, et Angèle se précipita à son cou en s’écriant:

—Sauvé! sauvé!

Puis, fondant en larmes, riant et sanglotant tour à tour, baisant les mains, le front, les yeux de son mari, elle répétait d’une voix entrecoupée:

—Sauvé... mon Jacques bien aimé... sauvé... Il n’y a plus de danger pour toi... mon amant, mon époux, mon frère. Dieu soit loué, le péril est passé... Mais quelle terreur a été la mienne! Hélas! j’en tremble encore...

Effrayé de l’exaltation d’Angèle, Monmouth lui dit avec une tendresse inquiète: