—Mon Dieu! que dis-tu?...

—Ils sont capables de le tuer...

—Ah! qu’ai-je fait, mon Dieu?... Mais où vas-tu? s’écria la jeune femme en voyant le duc s’apprêter à sortir.

—Je veux les rejoindre, délivrer ce malheureux aventurier. J’emmènerai quelques noirs avec moi. A peine le Gascon a-t-il une heure d’avance.

—Jacques... je t’en supplie... ne t’expose pas...

—Comment! j’abandonnerais lâchement cet homme qui s’est dévoué pour moi, je le livrerais aux ressentiments de l’envoyé de Guillaume!... Jamais... Ah! tu ne sais pas, malheureuse enfant, que certains sacrifices imposent une reconnaissance aussi douloureuse qu’un remords!... Va, je t’en prie, dire à Mirette d’ordonner à quelques esclaves de se tenir prêts à me suivre à l’instant... Grâce à la marée, le chevalier ne pourra pas mettre en mer avant le point du jour, je pourrai encore l’atteindre.

—Mais cet envoyé est capable de tout! s’il te voit venir délivrer le chevalier, il devinera peut-être... et alors...

—Ce n’est pas Jacques de Monmouth, mais le flibustier mulâtre qui va courir sur leurs traces... D’ailleurs, j’ai bravé, je crois, d’autres dangers que ceux-là.

Ce disant, le duc rentra dans un cabinet attenant à son appartement; là se trouvait tout ce qui lui était nécessaire pour son déguisement.

Restée seule, Angèle se livra aux regrets les plus cruels. Elle n’avait pas cru que les suites de l’erreur où le Gascon avait jeté Rutler pussent être si fatales. Elle craignait aussi que, malgré son déguisement, Monmouth ne fût reconnu. Au milieu de ses angoisses, elle entendit tout à coup frapper violemment à la porte extérieure de l’appartement où elle se trouvait, appartement rigoureusement fermé à tous les gens de la maison.