—Oui, monseigneur; c’est une métaphore...

—Très bien, monsieur, je comprends; le roi votre maître m’a mis dans la nécessité d’agir selon ses vues?

—Votre perspicacité habituelle ne pouvait pas vous tromper, monseigneur. Dans le cas où vous ne croiriez pas devoir suivre les conseils pressants du roi mon maître, dans le cas où vous prouveriez ainsi à S. M. le roi Jacques que vous ne voulez pas lui faire oublier de fâcheux et tristes souvenirs, en vous dévouant à sa cause comme il l’espérait..

—Eh bien! monsieur, dit l’aventurier, devenu très soucieux en pensant qu’il allait connaître, comme on dit, le revers de la médaille.

—Eh bien! monseigneur, le roi, mon maître, par d’imminentes raisons d’état, se verrait, quoique bien à regret, obligé de s’assurer de votre personne... Voilà pourquoi je m’étais fait suivre d’une escorte...

—Monsieur... de la violence!!!...

—Malheureusement, monseigneur, mes ordres sont précis... Mais je suis sûr d’avance que Votre Altesse ne me mettra pas dans la dure nécessité de les exécuter...

Cette menace fit réfléchir Croustillac. M. de Chemeraut continua:

—Je dois ajouter, monseigneur, que la prudence voulant (vu votre exécution à mort) que vos traits restassent désormais invisibles, on vous couvrirait le visage d’un masque que vous ne quitteriez jamais. Enfin, d’après l’ordre de Sa Majesté, j’aurais l’honneur de conduire directement monseigneur aux îles Sainte-Marguerite, où vous resteriez éternellement prisonnier... Je vous laisse à penser les regrets de vos partisans qui étaient venus ici dans l’espoir de vous revoir bientôt à leur tête.

Après être resté longtemps dans l’attitude d’un homme qui médite profondément et qui lutte intérieurement contre plusieurs pensées contraires, Croustillac releva fièrement la tête, et dit à M. de Chemeraut d’un air majestueux: