—Ceci me paraît immanquable... si mon parti a le dessus...

—Et il l’aura, monseigneur, il l’aura...

—Oui, à moins qu’il n’ait le dessous... et alors, si je suis tué cette fois, ce sera sans rémission... Ce n’est pas par un vil égoïsme que je fais cette réflexion, monsieur; vous comprenez que, d’après les antécédents qu’on me prête, je dois être furieusement habitué à la mort, mais... je ne voudrais pas laisser mon parti... orphelin... Et puis songez-y donc, monsieur, replonger encore ce malheureux pays dans les horreurs de la guerre civile! Ah! Croustillac poussa un soupir douloureux.

—Sans doute, monseigneur, cette pensée est triste; mais à ces troubles passagers succédera le calme le plus profond; sans doute la guerre a des chances fatales, mais elle en a d’heureuses... Et puis quel avenir vous attend, monseigneur! Les lettres que je dois vous remettre vous prouveront que la vice-royauté d’Irlande et d’Écosse vous est destinée, sans nombrer d’autres faveurs que vous réservent et mon maître et Jacques Stuart, votre oncle, lorsqu’il sera remonté sur le trône qu’il vous devra.

—Peste! vice-roi d’Écosse et d’Irlande, se dit Croustillac, avec cela mari de la Barbe-Bleue, et par-dessus le marché fils et neveu de roi... Ah! Croustillac, Croustillac, je te l’avais bien dit... ton étoile se lève... il est dommage que ce soit pour un autre. Allons toujours... tant que cela pourra durer.

M. de Chemeraut, voyant l’hésitation du chevalier, employa un moyen décisif pour le forcer d’agir conformément aux vues des deux rois, et lui dit:

—Il me reste, monseigneur, à vous faire une dernière communication... et, si pénible qu’elle soit... je dois obéir aux ordres du roi mon maître.

—Parlez, monsieur...

—Il vous est presque impossible de refuser de vous mettre à la tête de l’insurrection, monseigneur... on a brûlé vos vaisseaux!

—On a brûlé mes vaisseaux!