—Il est désespérant d’inspirer de pareils dévouements, se dit Croustillac.—Alors, n’y pensons plus, dit-il tout haut, je serais désolé de contrarier de si fidèles partisans. Mais quel logement nous destinez-vous, à moi et à ma femme?

—Ce logement sera bien modeste, monseigneur, mais Votre Altesse daignera être indulgente en songeant à l’impérieuse nécessité des circonstances. D’ailleurs, l’attachement bien connu de Votre Altesse pour madame la duchesse de Monmouth, ajouta M. de Chemeraut en souriant, vous fera, j’en suis sûr, monseigneur, excuser l’exiguïté de l’appartement, qui ne se compose que de la chambre du capitaine.

L’aventurier ne put s’empêcher de sourire à son tour, et il reprit:

—Cette chambre, en effet, nous suffira, monsieur.

—Ainsi Votre Altesse est toujours décidée à emmener madame la duchesse?

—Plus que jamais, monsieur; quand j’étais prisonnier du colonel Rutler, quand j’étais destiné à périr peut-être, j’avais dû laisser ignorer mes périls à ma femme, et l’abandonner sans la prévenir du sort qui m’attendait.

—Ainsi madame la duchesse ignorait?...

—Tout, monsieur... la pauvre femme ignorait tout... Surpris par le colonel Rutler pendant qu’elle reposait, je lui avais fait dire en quittant le Morne-au-Diable que mon absence ne durerait qu’un jour ou deux... Mais les circonstances ont tout à coup changé. Ce ne sont plus des dangers stériles que je vais courir. Je connais ma femme, monsieur: gloire et périls, elle voudra tout partager; en venant la chercher pour l’emmener avec moi, je devance son plus cher désir.

CHAPITRE XXIII.
LA SURPRISE.

Pendant quelque temps, M. de Chemeraut et Croustillac marchèrent en silence en continuant leur route vers le Morne-au-Diable.