Bientôt l’escorte atteignit les derniers escarpements du rocher.

De cet endroit, on découvrait au loin la plate-forme et la muraille de clôture de l’habitation de la Barbe-Bleue.

En voyant cette espèce de fortification, M. de Chemeraut dit au chevalier:

—Cette retraite était habilement choisie, monseigneur, pour éloigner et dérouter les curieux; sans compter que les bruits que vous aviez fait répandre par trois drôles qui étaient à votre service ne devaient pas encourager beaucoup les visiteurs.

—Vous voulez sans doute parler, monsieur, d’un boucanier, d’un flibustier et d’un Caraïbe?...

—Oui, monseigneur, on dit qu’ils vous sont dévoués à la vie et à la mort.

—En effet, monsieur, ils me sont singulièrement attachés.

—Avec tout cela, pensa Croustillac, je ne sais pas encore à quel titre ces trois misérables sont dans l’intimité de la duchesse, ni surtout comment son mari, monseigneur le duc de Monmouth, pouvait souffrir que de pareils bandits fussent aussi indécemment familiers avec madame sa femme... la tutoyassent... l’embrassassent... Le Caraïbe surtout, avec son air sérieux comme un âne qu’on étrille, était celui qui avait particulièrement le don de m’agacer les nerfs... Encore une fois, comment le duc de Monmouth permet-il ces privautés?... Sans doute cela déroute... cela sauve les apparences... mais, mordioux! il me semble à moi que cela déroute un peu trop... Ah! Croustillac, Croustillac, vous êtes toujours et de plus en plus amoureux, mon ami... c’est surtout la jalousie qui vous monte contre ces bandits... Allons, il y a encore un mystère que je découvrirai peut-être tout à l’heure... En attendant, tâchons d’apprendre comment l’on a su que le prince était caché au Morne-au-Diable.

—Monsieur, dit Croustillac à M. de Chemeraut, j’ai une question très importante à vous faire.

—Monseigneur, je vous écoute...