Elle ouvrit la porte de l’appartement particulier de Monmouth, et y entra, suivi du flibustier et de Croustillac.

La porte fermée, l’aventurier s’écria:

—Je vous répète, madame, que vous avez indignement abusé de ma délicatesse!

—J’ai à vous demander compte de votre déloyale conduite, monsieur, dit fièrement Angèle. Mais expliquez-vous d’abord.

Pendant cette scène, Monmouth, gravement préoccupé, se promenait, les bras croisés dans la chambre, les yeux fixés sur le parquet.

—Vous voulez que je m’explique, madame; oh! ce ne sera pas long. D’abord, apprenez... qu’à tort... ou à raison... je vous aimais, madame! s’écria Croustillac avec une explosion de tendresse et de colère.

—C’est-à-dire que vous vous étiez vanté à vos compagnons de voyage d’épouser la riche veuve du Morne-au-Diable, monsieur!

—Soit, madame, à bord de la Licorne... mon langage a été impertinent, mes prétentions ont été absurdes, cupides... je vous l’accorde... Mais quand je parlais ainsi, mais quand je pensais ainsi, je ne vous avais pas vue.

—Ma vue, monsieur, ne vous a pas donné des idées beaucoup plus honorables, dit sévèrement Angèle, toujours persuadée que Croustillac voulait cruellement abuser de la position où il se trouvait.

—Écoutez-moi... madame, je vous aimais véritablement... C’est vous dire que j’étais capable de tout pour vous prouver cet amour, tout grotesque, tout stupide qu’il vous parût... Oui... je vous aimais parce que mon cœur me disait que je faisait bien de vous aimer, parce que je me sentais meilleur en vous aimant... Vous pouviez railler cet amour... j’étais assez payé par le bonheur qu’il me donnait... Quand vous m’avez dit:—Monsieur, je me suis moquée de vous, je vous ai pris pour un jouet... vous êtes un pauvre diable, je vous ferai l’aumône... et vous serez trop content...