—Sans doute...

—Vous m’accorderez encore, monseigneur, que le Chemeraut doit compter le bon succès de cette mission pour beaucoup dans sa fortune.

—Cela est vrai...

—Eh bien, monseigneur, en refusant de prendre part à l’insurrection, vous ne laissez à Chemeraut qu’un rôle de geôlier; votre capture ne fait pas réussir la vaste entreprise à laquelle les deux rois portent un si vif intérêt. Aussi, croyez-moi, vous seriez mal venu à demander une grâce au Chemeraut, surtout dans le premier moment où il sera furieux de voir ses espérances détruites, surtout lorsqu’il saura que l’homme en faveur de qui vous intercédez lui a fait voir d’innombrables étoiles en plein midi... Croyez-moi donc, monseigneur, en acceptant toutes les propositions du Chemeraut, en secondant les projets de deux rois, vous pourriez à peine espérer d’obtenir ma grâce...

—Jacques... ce qu’il dit est plein de sens, reprit Angèle. Je ne voudrais pas te donner un conseil égoïste et lâche; mais encore une fois, il a raison, tu ne peux le nier.

Le duc baissa la tête sans répondre.

—Je le crois bien, madame, que j’ai raison, dit Croustillac. Je déraisonne assez souvent pour qu’une fois par hasard j’aie le sens commun.

—Mais, pour l’amour du ciel, envisagez donc au moins à votre tour ce qui arrive si j’accepte, s’écria le duc en prenant les deux mains du Gascon dans les siennes; vous me conduisez, moi et ma femme, à bord du Caméléon, nous mettons à la voile, nous sommes sauvés...

—A la bonne heure, mordioux! à la bonne heure; voilà comme j’aime à vous entendre parler, monseigneur.

—Oui, nous sommes sauvés, mais vous, malheureux, vous revenez avec M. de Chemeraut à bord de la frégate, on vous présente à mes partisans, votre ruse est découverte et vous êtes perdu.