—Monseigneur, dit M. de Chemeraut en montrant un papier au Gascon, voici une lettre saisie sur le colonel Rutler: elle ne laisse aucun doute au sujet des projets de Guillaume d’Orange contre Votre Altesse... Rutler sera fusillé à notre arrivée au Fort-Royal.

—Nous reparlerons de cela, monsieur, mais je pencherais pour la clémence à l’égard du colonel... non par faiblesse, mais par politique. Je vous expliquerai d’ailleurs mes idées à cet égard.

—J’attendrai les ordres de Votre Altesse à ce sujet, dit M. de Chemeraut. Puis il ajouta:

—N’emportez-vous rien, monseigneur?

—Un soldat de l’escorte est chargé de ce que j’ai de plus précieux, dit le chevalier, mes papiers... mes diamants... Quant à cette maison et à ce qu’elle renferme, je donnerai par écrit mes instructions au père Griffon; pour rien au monde, je ne voudrais revoir jamais quoi que ce soit qui pût me rappeler les horribles lieux où j’ai été si affreusement trahi.

—Madame la duchesse ayant une chaise pour être transportée, monseigneur, j’ai fait renfermer le mulâtre dans la litière où il est gardé à vue. Vous et moi, monseigneur, nous escorterons à cheval.

—Très bien, monsieur.... voici ma criminelle épouse.

En effet Angèle sortait avec le père Griffon, elle avait les yeux pleins de larmes...

Au grand étonnement de M. de Chemeraut, ce religieux sortit gravement sans adresser une parole à Croustillac, qui dit tout bas à l’envoyé français:—Le révérend blâme ma conduite, son silence est très significatif... mais il n’ose prendre le parti de ma femme contre moi; voulez-vous offrir votre bras à madame, ajouta le Gascon.

Angèle, M. de Chemeraut et le Gascon sortirent ainsi du Morne-au-Diable.