M. de Chemeraut, un moment surpris, regarda fuir le chevalier; puis, ne comprenant rien à cette bizarrerie du prince, il se mit à sa poursuite.
M. de Chemeraut avait longtemps fait la guerre et était excellent écuyer... Son cheval, sans être supérieur à celui de Croustillac, étant beaucoup mieux conduit et mené, regagna bientôt l’avance que le chevalier avait déjà prise.
M. de Chemeraut courut sur les traces de l’aventurier en criant:
—Monseigneur... monseigneur... où allez-vous donc?
Le chevalier, se voyant serré de près, hâtait de toutes ses forces la course de sa monture.
Bientôt l’aventurier fut obligé de s’arrêter court, la grève formait un coude en cet endroit et le Gascon se trouva en face d’énormes blocs de rochers qui ne laissaient qu’un passage étroit et dangereux.
M. de Chemeraut rejoignit son compagnon.
—Morbleu! monseigneur, s’écria-t-il, quelle mouche a piqué Votre Altesse? pourquoi ce courre si furieux et si subit?
Le Gascon répondit froidement et hardiment:
—J’ai grande hâte, monsieur, de rejoindre mes partisans... Ce pauvre Mortimer surtout, qui m’attend avec une si vive impatience... Et puis... malgré moi... je suis assiégé de certaines idées fâcheuses à l’endroit de ma femme, et je voulais les fuir, ces idées.... les fuir! à toute force... dit le Gascon avec un douloureux soupir.