M. de Chemeraut dit d’une voix brève et encore tremblante de colère:
—J’accuse l’homme ici présent d’avoir faussement et méchamment pris les noms et titres de Sa Grâce le duc de Monmouth, et d’avoir ainsi par son odieuse imposture, renversé les desseins du roi mon maître, et ce, dans de telles circonstances que le crime de cet homme doit être considéré comme un attentat à la sûreté de l’État. En conséquence, je demande que l’accusé, ici présent, soit déclaré coupable de haute trahison et puni de mort.
—Mordioux! monsieur, vous concluez vite et bien, voici qui est net et bref, dit Croustillac, dont le courage naturel s’élevait à la hauteur des circonstances.
—Oui, oui, cet imposteur mérite la mort; mais avant, il faut qu’il parle... et qu’on le mette tout de suite à la question, reprirent les lords.
Le capitaine de la frégate, qui présidait le conseil, n’était pas, comme M. de Chemeraut, sous l’influence d’un ressentiment personnel; il dit aux Anglais:
—Milords, nous n’avons pas encore à voter une peine; il faut auparavant interroger l’accusé, écouter sa défense s’il peut se défendre; après quoi nous aviserons à la peine qui devra lui être infligée. N’oublions pas que nous sommes juges et qu’il n’est pas encore reconnu coupable.
Ces paroles froides et sages plurent moins aux lords que l’emportement de M. de Chemeraut. Néanmoins, pouvant élever aucune objection, ils se turent.
—Accusé, dit le capitaine au chevalier, quels sont vos noms?
—Polyphème, chevalier de Croustillac.
—Un Gascon! dit M. de Chemeraut entre ses dents; j’aurais dû m’en douter à son impudence. Avoir été le jouet d’un tel misérable!