—Votre profession? continua le capitaine.

—Pour le moment... celle d’accusé devant un tribunal que vous présidez dignement, capitaine, car vous ne voulez pas, avec raison, que l’on pende les gens sans les entendre.

—Vous êtes accusé d’avoir sciemment et méchamment trompé M. de Chemeraut chargé d’une mission d’État pour le service du roi, notre maître.

—C’est M. de Chemeraut qui s’est trompé lui-même: il m’a appelé monseigneur, et j’ai répondu innocemment à ce nom.

—Innocemment! s’écria M. de Chemeraut en fureur, comment, misérable, tu n’as pas abusé de ma confiance par les plus atroces mensonges? tu ne m’as pas surpris les secrets les plus importants par ton impudente trahison?

—Vous avez parlé... j’ai écouté... je dois même déclarer, pour ma justification, que vous m’avez paru singulièrement bavard... Si c’est un crime de vous avoir entendu... vous avez rendu ce crime énorme...

Le capitaine fit signe à M. de Chemeraut de contenir son indignation; il dit au Gascon:

—Voulez-vous révéler ce que vous savez relativement à Jacques, duc de Monmouth? voulez-vous nous apprendre par suite de quels événements vous avez pris ses noms et ses titres?

Croustillac voyait sa position devenir très inquiétante: il eut envie de tout révéler: il pouvait s’adresser aux partisans dévoués du prince, s’assurer de leur appui en leur annonçant que le duc avait été sauvé grâce à lui. Mais un scrupule honorable le retint; ce secret n’était pas le sien, il ne lui appartenait pas de trahir les mystères qui avaient caché et protégé l’existence du prince et qui pouvaient la protéger encore.

CHAPITRE XXXIV.
LA CHASSE.