—A moins pourtant que ce vil imposteur ne se sauve lui-même! s’écria Croustillac en se redressant debout sur le couronnement et en sautant à la mer.
Ce mouvement fut si brusque que personne ne put s’y opposer. Le Gascon plongea sous les vagues et reparut à très peu de distance du brigantin, vers lequel il se dirigeait à la nage.
Il y avait peu de distance entre les deux navires, le Caméléon était presque au niveau de la mer; le chevalier, aidé par le duc de Monmouth, et par quelques marins, se trouva sur le pont du petit navire avant que les passagers de la frégate fussent revenus de leur surprise.
—Voilà mon sauveur, le plus généreux des hommes! dit Monmouth en serrant Croustillac dans ses bras.
Puis Jacques dit quelques mots à l’oreille du Gascon, et celui-ci disparut avec le capitaine Ralph.
Le duc s’avançant à l’extrémité de la poupe de son brigantin, s’adressa à M. de Chemeraut:
—Je sais, monsieur, les projets du roi mon oncle, Jacques Stuart, et ceux du roi votre maître... Je sais que ces braves gentilshommes viennent m’offrir leurs bras pour m’aider à chasser Guillaume d’Orange du trône d’Angleterre.
—Oui, oui, lorsque tu seras à notre tête nous chasserons ces rats hollandais, s’écria Mortimer.
—Viens, viens, notre duc, avec toi nous irions au bout du monde, dit Dudley.
—Monseigneur, vous pouvez compter sur l’appui du roi, mon maître. Une fois à bord, je vous communiquerai mes pleins-pouvoirs, s’écria Chemeraut, ravi de voir que sa mission, qu’il avait cru désespérée, renaissait avec toutes ses chances de réussite.