—Monseigneur, voulez-vous qu’on vous envoie la chaloupe? ou bien allez-vous venir dans une de vos embarcations? ajouta Chemeraut, et puisque Votre Altesse s’intéresse à ce misérable fourbe, sa grâce est assurée.

—Dépêche-toi noble duc...

—Viens comme tu voudras, Jacques, notre Jacques, mais viens tout de suite!

—Oui, viens! s’écria Mortimer, ou bien nous ferons comme ce drôle à la casaque verte et au bas roses: nous sauterons à l’eau comme une bande de canards sauvages, pour être plus tôt près de toi.

—Pas d’imprudence, mes vieux amis, pas d’imprudence! s’écria Monmouth qui cherchait à gagner du temps depuis que le Gascon avait disparu.

Enfin le capitaine Ralph vint dire un mot à l’oreille du prince; celui-ci donna un nouvel ordre à voix basse d’un air radieux.

—Monseigneur, on va faire mettre la chaloupe à la mer, dit Chemeraut qui brûlait d’impatience de voir le duc à bord.

—C’est inutile, monsieur, dit le prince. Puis, s’adressant aux lords avec un accent profondément ému:

—Mes vieux amis, mes fidèles compagnons, adieu, et pour toujours adieu!... J’ai juré, par la mémoire du plus admirable martyr de l’amitié, de ne jamais prendre part aux troubles civils qui pourraient ensanglanter l’Angleterre; je ne serai pas parjure à ma promesse! Adieu, brave Mortimer; adieu, bon Dudley; adieu, vaillant Rothsay; mon cœur se brise de ne pouvoir vous embrasser une dernière fois... Oubliez cette apparition! Que désormais Jacques de Monmouth... soit mort pour vous comme il l’a été pour le monde pendant cinq ans!... Encore adieu... et pour toujours adieu...

Puis se retournant vers son capitaine, le duc s’écria vivement d’une voix sonore: